Éléments biographiques

Maurice Zundel est un prêtre Suisse. Il naît à Neuchâtel en 1897, au sein d’une famille catholique, dans une ville à large majorité protestante.

Neuchâtel
Neuchâtel

Son éducation sera teintée d’un oechuménisme naturel : Il fréquentera jusqu’à sa quinzième année l’école publique protestante, tout en décelant précocement sa vocation sacerdotale. En 1915, il intègre le grand séminaire où sa sensibilité et ses expériences spirituelles se heurtent à un enseignement dogmatique, une mécanique intellectuelle tendant à « démontrer » l’existence de Dieu. Prêtre à 22 ans à la paroisse des Eaux Vives, quartier populaire de Genève, il est immédiatement  en responsabilité de nombreuses charges pastorales, dont l’animation d’un important foyer de jeunes filles. Dans les cours de catéchisme qu’il leur donne, il perçoit vivement l’écart entre l’enseignement qui l’a formé, et qu’il reproduit sans grands effets, et son souhait de faire naître chez ces enfants le désir authentique d’une vie spirituelle. Peu à peu son enseignement va se libérer des contraintes de démonstrations au profit de l’expérience. Il les amène à s’éveiller, se cultiver, à rechercher la beauté, entendre la musique, à s’émerveiller, tout en répondant aux besoins pratiques de ces jeunes filles destinées à entrer tôt dans la vie active, par l’embauche de professeurs d’activités manuelles. Les sermons de ce brillant séminariste, jusqu’ici appréciés de sa hiérarchie, vont s’émouvoir de situations familiales et ouvrières qu’il découvre en sortant de la paroisse.

L'Angelicum de Rome
L’Angelicum de Rome

Un sermon sur la nécessaire pauvreté de l’Église amène son évêque à l’envoyer à Rome « revoir sa théologie ». Zundel passe deux années à l’Angelicum (1925-1927) où il présente un doctorat de philosophie obtenu avec une thèse sur L’influence du nominalisme sur la pensée chrétienne. ll se lie d’amitié avec le père Garrigou-Lagrange et Jean-Baptiste Montini, secrétaire minutante au Vatican et futur Paul VI. Sa rencontre avec St François d’Assise conforte pour lui de manière bouleversante la nécessité d’une pauvreté de soi comme condition de la vie mystique. Son doctorat achevé, il souhaite retrouver ses fonctions à la paroisse des Eaux-Vives, mais il n’y est pas attendu. Son évêque, sur les conseils notamment de l’abbé Charles Journet, l’envoie en France où ses idées seront peut-être mieux reçues. Après un hiver douloureux dans une paroisse de Charenton, Zundel est introduit à l’abbaye Saint-Louis-le- Temple de la Rue Monsieur à Paris dont il sera un aumônier très apprécié. Il s’y lie d’amitié avec Charles du Bos, Louis Massignon et y retrouve J.B. Montini pour de longues conversations. Dix-huit mois plus tard, à nouveau sans fonctions, il répond à une annonce et devient second aumônier pour quelques mois chez les assomptionistes de Londres. Il apprend l’anglais en lisant Newman, découvre avec intérêt le Dieu intérieur cher aux anglo catholiques. De retour à Paris, la directrice du Cours Lafayette à Neuilly le coopte comme aumônier de cette école de jeunes filles. Il passera l’été 39 en Suisse.

Louis Massignon (1883-1962)
Louis Massignon
(1883-1962)

La déclaration de guerre l’empêchant de rentrer en France, Louis Massignon lui propose d’animer le centre Dar es Salam qu’il a fondé au Caire, cercle de rencontres entre intellectuels spiritualistes orientaux et occidentaux. Bloqué par le conflit mondial, Zundel restera près de 7 ans en Egypte. Il réside au carmel de Matarieh dont il est l’aumônier. Ses conférences le font connaître et apprécier. Il se lie d’amitié avec la famille Lauer, le philosophe René Habachi, se rend utile en répondant à toute demande et va régulièrement à Beyrouth, chez les dominicaines pour y rendre les mêmes services. Son engagement auprès des scouts décidera de nombreuses vocations. Désireux de mieux comprendre la piété musulmane, il apprend l’arabe et lit le Coran dans le texte. Ses liens avec l’orient seront durables. Invité, après son retour en  Suisse, à venir prêcher une retraite de carême au Caire, il reviendra tous les deux ans en Orient, alternant ses séjours au Caire et à Beyrouth, donnant conférences et retraites très suivies, jusqu’en 1974, où, trop fatigué, il devra renoncer à s’y rendre.

De retour en Suisse en 1946, il reporte la responsabilité d’une paroisse à Genève, préférant donner la priorité aux recherches entreprises. Les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki l’ont terrifié. Ils peuvent annoncer la mort de Dieu en l’homme… L’urgence le presse, c’est Dieu qu’il faut sauver de nous. Il publie Croyez-vous en l’homme ? et développe cette idée originale : l’homme est responsable de Dieu, reprise et diffusée en France par le père Varillon. C’est donc au vicaire du Sacré-Coeur à Ouchy que le pape Paul VI fait appel, en 1972, pour prêcher la retraite de carême au Vatican. Maurice Zundel arrive à Rome sans avoir eu le temps de rédiger ses interventions. Mais celles-ci ne sont jamais que le fruit de la réflexion spirituelle de toute une vie, et il s’élance pour la développer dans 22 conférences que le pape, profondément touché, lui demandera de rédiger. Il s’y attèle péniblement, ce travail s’ajoutant aux tâches  quotidiennes de la paroisse, les homélies multiples, les demandes de causeries dans les monastères en Suisse, en France et en orient, les conférences données en France à la demande des anciennes du foyer des Eaux-Vives qui contribueront à faire connaître sa pensée. Epuisé, il mourra des suites d’une attaque cérébrale, le 10 aout 1975. La retraite de carême sera publiée de manière posthume, au début de l’année 1976, sous le titre Quel homme, quel Dieu ? 

 

Unknown

Cette synthèse biographique et  la présentation de la pensée de Maurice Zundel ont été rédigées à partir du livre de Bernard de Boissière et France-Marie Chauvelot, publié aux Presses de la Renaissance, en 2004 et réédité en 2009.  On pourra l’illustrer avec ce court extrait (4mn)  du Jour du Seigneur.