Maurice Zundel et…

Michel Fromaget
Michel Fromaget

Michel FROMAGET [1]perpétuel émerveillé de Maurice Zundel et de son œuvre, s’attache par de nombreux travaux à montrer les ponts existants entre le prêtre suisse, mort en 1975, à l’âge de 78 ans, et des auteurs contemporains.
Rappelons que Zundel, victime d’ostracisme ecclésial et débordé par son sacerdoce, sa volontaire disponibilité à toute demande paroissiale et ses travaux d’écriture, n’entretenait que peu de relations ou correspondances avec les intellectuels et les artistes de son époque, bien que ses livres ou ses conférences diffusées à Radio Luxembourg en aient touché plus d’un. Grand lecteur, il entreprit cependant une forme de dialogue avec nombre d’entre eux à travers ses homélies et conférences, s’émerveillant de leurs découvertes ou revenant sur leurs affirmations.
Nombreux sont ceux qui, aujourd’hui, se laissent inspirer dans leur vie quotidienne par son intériorité emplie de la Présence, la profondeur de sa réflexion spirituelle toute d’intelligence, de silence et d’émerveillements. Ils nous a paru intéressant de valoriser l’actualité de Maurice Zundel en évoquant des chercheurs qui s’en inspirent directement ou ceux dont le cheminement a été ou s’avère très proche.
Michel FROMAGET a accepté que nous présentions sur ce site une petite synthèse de ses travaux et nous l’en remercions très vivement. Avec lui, nous évoquerons les rapprochements de la spiritualité de Maurice Zundel avec celles de Teilhard de Chardin, Etty Hillesum, saint Thomas d’Aquin, Maître Eckhart, Simone Weil, François Varillon, Albert Camus, Christian Bobin ou encore François Cheng.
Ces extraits proviennent tous de conférences que l’anthropologue propose régulièrement dans toute la France, sur invitation.

[1] . Michel FROMAGET, anthropologue et maître de conférences à l’université de Caen.
Travaux et contacts sur son site :
 www.michelfromaget.fr

Zundel et Teilhard de Chardin

Pierre Teilhard de Chardin
Pierre Teilhard de Chardin

Beaucoup s’intéressent à la proximité théologique de Maurice Zundel (1897-1975) et de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955).
Les deux hommes se sont peut-être croisés chez la philosophe Léontine Zanta[1]. Croisés, plus que véritablement rencontrés, puisque Zundel n’évoque pas le célèbre jésuite dans ses correspondances retrouvées et n’entame pas de dialogue nommément avec lui dans son œuvre ou ses homélies, comme il a pu le faire avec de nombreux auteurs.

Des ouvrages sur la pensée de Teilhard figurent dans la bibliothèque de Zundel, écrits par Maurice Blondel, Claude Tresmontant, Louis Cognet, Johannes Hemleben, et on y trouve Genèse d’une penséeNouvelles lettres de voyage, quelques tomes des œuvres ainsi que l’Hymne de l’univers dont Michel FROMAGET pense trouver trace dans L’Évangile intérieur, écrit en 1936 : “ Comment n’être pas saisi de respect et d’admiration devant la moindre parcelle de matière, dès lors qu’elle se révèle à l’âme comme un don de Dieu, dès qu’elle se profile sur le Visage ineffable, investie de lumière 
Ces deux prêtres, poètes, chercheurs incompris ont été marginalisés par l’Église. Au delà de ces similitudes biographiques, Michel FROMAGET rencontre et analyse leurs profondes divergences.

L’ÉVOLUTION. Tous deux sont adeptes de l’évolution mais d’une manière différente car, pour Zundel, l’évolution ne s’inscrit pas dans un déterminisme global, évolutif depuis son origine, mais dans une prise de conscience : “ Le vrai problème n’est pas tellement ce qui s’est passé avant nous, ou ce qui se passe après, mais ce rôle que nous avons aujourd’hui dans l’histoire de l’univers [2]“.
L’homme est un singe qui s’aperçoit qu’il n’en est plus un.

Cette prise de conscience peut rendre l’homme créateur de lui-même, à tout instant de sa vie, et c’est précisément dans ce choix crucial que réside la liberté de l’homme et, par conséquent, le péché.
Pour Michel Fromaget cette conception originale du péché originel[3] surpasse toutes les 41rr17e1cpl-_ac_us160_autres par son harmonie, sa cohérence et son intelligence plus conforme aux données de la science et de l’Écriture. « Dans Je est un Autre, Zundel développe ainsi l’idée que le péché originel n’est pas le fruit de l’orgueil mais le fruit de la peur, non pas l’effet de la liberté, mais du refus catégorique de la liberté». [4] 

LE MAL. Le refus de se faire homme, « cause active et rétroactive du surgissement de la mort et du mal dans le monde, […], Zundel croit au péché originel, Teilhard n’y croit pas », pose la question de la Mort et du Mal antérieurs à l’apparition de l’homme, du péché et de ses conséquences.
Le temps est-il réversible ?

Teilhard admit l’hypothèse d’une « métahistoire » gouvernée par d’autres lois temporelles que l’histoire, hypothèse qui présentait l’avantage de respecter à la fois l’Écriture et l’innocence de Dieu. Mais estimant cette hypothèse trop redevable à l’imagination, il finit par la rejeter.
« Zundel, lui, n’a pas peur et il prend ouvertement partie en faveur de la faculté qu’auraient les actes pleinement libres – à savoir les actes qui ont des conséquences spirituelles et atemporelles – de “refluer celles-ci sur l’ensemble du temps passé, présent et futur“ faculté qui serait telle que, dans l’histoire, ces conséquences pourraient jouer avant même la
réalisation de leur propre cause. » Zundel revient à plusieurs reprises sur cette idée, en particulier dans l’Hymne à la joie : “Il n’est pas sûr qu’un acte libre se situe dans la même durée que les phénomènes physiques. Le contraire est plus probable. Il se pourrait donc que l’homme, au niveau de l’esprit, soit capable d’exercer une influence qui précède en quelque manière sa naissance charnelle“ »
L’hypothèse de réversibilité du temps, rappelle Michel Fromaget, est très ancienne. Théophile d’Antioche la formulait ainsi : “Il se pourrait que l’action de l’homme ait reflué en arrière dans le temps et que ce soit l’homme qui soit la cause de toutes les violences apparues avant lui dans l’histoire. “
« Les découvertes et expériences de la physique des particules ne démontrent pas que les photons puissent se déplacer plus vite que la lumière, condition sine qua non pour que certains effets puissent se produire avant leur cause, » mais ne remettent pas en cause l’hypothèse de causalité rétrograde formulée par Costa de Beauregard.
« La microphysique comme l’Écriture plaide pour la réalité d’une “causalité logique“  non tributaire de la “causalité chronologique“ soumise à la flèche du temps qui n’en serait qu’un simple aspect. Il y a dans ce domaine certainement beaucoup à attendre des futures découvertes scientifiques. »

LA SOUFFRANCE. Bien qu’ayant vécu la guerre de 1914, « Teilhard fait bon marché de la souffrance en général et de la souffrance humaine en particulier ». Il écrit par exemple, en 1933, “les souffrants […] paient seulement pour la marche en avant et le triomphe de tous. Ils sont des tombés au champ d’honneur ”.  Le Mal apparaît dans le sillage de l’évolution, elle-même en l’état voulue par Dieu, et ses artefacts sont donc à accepter, voire à aimer, comme tels puisque Dieu, à terme, en fera « le facteur immédiat de l’union que nous rêvons d’établir avec lui ».[5] Ce raisonnement, justifiant les souffrances actuelles et certaines par une béatitude future est susceptible d’engendrer tous les totalitarismes contre lesquels se sont révoltés, entre autres, Camus et Berdiaev[6].
Zundel ne commet pas ce blasphème, dénoncé dès le II° siècle, entre autres, par saint Irénée et Théophile d’Antioche, qui consiste à attribuer la paternité du Mal à Dieu. Il reçut très tôt, comme Claudel, la révélation de l’absolue et éternelle innocence de Dieu.
“Toutes les valeurs humaines sont ignorées de l’univers et cela est d’autant plus paradoxal que l’homme est le fruit de l’univers.“ Pour lui, Il est impossible que ce Dieu intérieur, qui nous porte vers le bien et l’amour de l’harmonie, soit complice ou auteur de cet ordre effroyablement destructeur présent dans la nature qui nous scandalise et pose de tout temps cette question du mal qui engendre tant d’athées. Un tel hiatus nous pousse à affirmer et conclure que Dieu ne peut être l’auteur de cet ordre.
Cet ordre destructeur serait-il lié au péché originel ? A ce médecin qui lui posait la question, Zundel répond : “Comment voulez-vous parler du péché originel sans vivre une expérience ? Sans entrer dans un dialogue vivant avec Dieu ?“ En le renvoyant à ses propres confrontations avec la souffrance et la douleur des innocents, il l’amène à entendre la protestation de Dieu : Dieu n’est pas l’auteur de ces douleurs, il en est la première victime. Ce cri de l’innocence de Dieu retentit dès la Genèse et s’exprime parfaitement sur la Croix où Jésus expire. “L’innocence est le seul visage du Dieu vivant “. Cette phrase à elle-seule synthétise l’abord parfaitement antinomique de Teilhard et de Zundel de la question de l’évolution naturelle et du mal.

[1] . c.f. Maurice Zundel, biographie de B. de Boissière et F.M. Chauvelot, Presses de la Renaissance, 2004, 2009.
[2] . Maurice Zundel conférence donnée à Genève, en 1965.
[3] . Pour approfondir, se reporter au chapitre intitulé « Le risque total » du livre Liberté de la foi, et à celui intitulé « Le péché originel » in Je est un Autre.
[4] . Toutes les citations sont de Michel Fromaget.

[5] . Le Milieu divin.
[6] . Se reporter aux conférences de Michel Fromaget sur son site.

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Zundel et Etty Hillesum

Etty Hillesum 1914-1943
Etty Hillesum
1914-1943

Synchronicité ? Air du temps ? Deux âmes qui ne se connaissent pas, et ne se rencontreront pas dans leur vie, marchent du même pas sur le chemin de l’intériorité, à la rencontre de Dieu. L’une est celle d’un théologien suisse, dont la formation remarquable se dilatera au contact de l’expérience spirituelle, l’autre est celle d’une jeune femme sensuelle, confrontée à l’approche de la solution finale, accompagnée vers elle-même par son amant, psychanalyste qui se forma auprès de Jung. Leur itinéraire commun fascine tous ceux qui ont lu les œuvres du génie mystique et le journal[1] de l’autodidacte spirituelle et, bien sûr, Michel Fromaget qui veut nous « faire toucher du doigt l’incroyable parenté liant l’expérience spirituelle d’Etty Hillesum aux conceptions théologiques et anthropologiques de Maurice Zundel, lesquelles ne sont strictement autres que celles de l’Évangile lui-même » [2], et se propose de nous « initier au mystère du silence intérieur, comme chemin de connaissance de soi et de naissance à Dieu, tel qu’Etty Hillesum et Maurice Zundel aimaient à le pratiquer et ont désiré le faire connaître ». Ce cheminement met en évidence « le rôle suressentiel du silence intérieur et de l’écoute silencieuse dans la vie spirituelle, autrement dit dans la vie de l’homme libre. »

NAÎTRE À SOI-MÊME OU LA SECONDE NAISSANCE. « C’est un de ses amis étudiants qui incitera Etty à consulter Julius Spier, psychologue qui assoit et approfondit ses diagnostics en interprétant la forme et les lignes de la main. Etty se rendra chez Spier le 3 février 1941. Elle vient d’avoir 27 ans. Le soir même, sa vie bascule. Un tout nouveau parcours commence. […] le vœu de Spier d’accoucher Etty, tant à elle-même, qu’à l’Amour et à Dieu – parce que pour lui, il s’agissait là d’une seule et même chose – ce vœu est accompli. » Etty vient d’ouvrir la porte du chemin qui va la mener à la Rencontre, en écho à cette parole dite à Nicodème reprise si souvent par Zundel : « On ne peut savoir qui est Dieu qu’en passant par la seconde naissance » [3] ainsi développée : « Il faut que nous passions par la seconde

Maurice Zundel 1897-1975
Maurice Zundel
1897-1975

naissance pour devenir vraiment nous-même et pour réaliser toute notre vocation. C’est cela qui est admirable. Justement, l’homme doit naître deux fois parce que la première fois, il naît passivement, sans l’avoir choisi : la vie lui est imposée. Il doit naître une seconde fois, en le choisissant, en faisant de sa vie un don. C’est par-là qu’il entre dans l’immortalité, mais il y entre tout entier[4]
« Naître à nouveau suppose donc de le choisir librement et consciemment et de se donner. « Mais à qui donc ? » : à « l’Autre intérieur », à « l’Hôte mystérieux », à « la  Présence silencieuse », qui n’est autre que « le Dieu intérieur ». Autrement dit : « Christ en nous », lequel, depuis l’éternité, au fond de notre âme nous attend, nous aime et nous appelle. Zundel qui est avant tout un réaliste, et un pragmatique, de préciser : « nul ne peut réellement se donner au Christ qui ne l’a effectivement rencontré. »

 S’INTÉRIORISER POUR VIVRE LA RENCONTRE : « À mesure que l’homme s’intériorise, Dieu lui devient toujours plus intérieur. »[5] En écho à cette affirmation de Zundel, « dès le Cahier premier Etty laisse déjà entendre l’intériorité du Dieu qu’elle pressent. Ainsi, par exemple, quand elle assimile la confiance en son « moi intérieur » et « la confiance en Unknown-2Dieu » (J, p.71)[6]. Ou encore, lorsqu’elle assigne comme but à la méditation de « faire entrer un peu de Dieu en soi » (J, p.103). « Il y a en moi un puits profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois je parviens à l’atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour. Il y a des gens, je suppose, qui prient les yeux levés vers le ciel. Ceux-là cherchent Dieu en dehors d’eux. Il en est d’autres qui penchent la tête et la cachent dans leurs mains, je pense que ceux-ci cherchent Dieu en eux-mêmes. » « Dieu je te remercie. Je te remercie de bien vouloir habiter en moi. Je te remercie de tout » (J, p.332).

QUEL DIEU ?   Tous deux s’interrogent sur le mal. Tous deux affirment l’innocence de Dieu. Zundel distingue le mal qui vient des hommes du mal naturel, ou cosmique. Et il innocente Dieu des deux. « Qu’en est-il d’Etty ? Qu’elle innocente Dieu du mal qui vient de l’homme, et en particulier des nazis, c’est certain : « La radio anglaise a révélé que depuis avril de l’année dernière 700.000 juifs ont été tués en Allemagne (…). Et pourtant je ne trouve pas la vie absurde, Dieu, je n’y peux rien. Et Dieu n’a pas à nous rendre comptes pour ces folies que nous commettons, c’est à nous de rendre des comptes ! » (J, p. 636). Dieu innocent, Dieu fragile, qu’il faut, pour Zundel, protéger de nous. « Sur ce sujet, la première intuition remarquable dont bénéficia Etty Hillesum est qu’il est pensable et même possible d’aider Dieu : « Je vais t’aider mon Dieu à ne pas t’éteindre en moi (…) ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider (…) Oui mon Dieu tu sembles assez peu capable de modifier une situation indissociable de cette vie (…). Il m’apparaît de plus en plus clairement, presque à chaque pulsation de mon cœur, que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous (…) » (J, p.680). « …et si je sens que tu tombes en moi, je te ramasserai » (J, p.689).

 LE RÔLE DU SILENCE : « Cela fait un an déjà que je construis ce silence en moi et il est devenu une salle dont la présence est palpable » (J, p.659). « Avant, (J, p.323). « Je voudrais m’immerger dans un grand silence et imposer ce silence à tous les autres » (J, p.200) « Pendant quelques jours, j’ai effectivement été affamée de silence et de solitude » (J, p.464) « Une aspiration au silence. C’est un fait que le silence m’est revenu et que je le porte constamment en moi » (J, p.465). « Et ce programme en trois points qu’Etty se donne à elle-même en avril 1942, n’est-il pas éloquent ? Le voici : « Être au-dedans de soi. Être seule. Silence. » (J, p.472). »
« Le silence est le berceau de Dieu »[7] parce que Dieu lui-même, « est silence »[8] « L’un des rêves de l’abbé Zundel eût été, de la même manière que sainte Sophie, à Istanbul, est 9782891293952dédiée à la sainte Sagesse – Hagia Sophia – d’élever une église en l’honneur du Silence : Hagia Sige.[9] Ce qui est clairement dire le prix extrême que Zundel accordait à ce silence. À ce silence qui est celui du corps et de l’âme pour mieux entendre l’E(e)sprit. »
« Pour le prédicateur immense, comme au reste d’après tous les mystiques authentiques, le mot silence est synonyme, non seulement de « se taire » (taire le bruit que l’on fait intérieurement avec soi-même) mais aussi d’« écouter ». Or, il en allait exactement de même pour Etty. En date du 8 juin 1941, elle écrit ainsi : « Je crois que je vais le faire : tous les matins avant de me mettre au travail, me « tourner vers l’intérieur » rester une demi-heure à l’écoute de ce qu’il y a en moi. Plonger en soi-même. Je pourrais dire méditer » (J, p.102). Et le 5 octobre de la même année, elle note : «  Mais voilà, pour moi, le remède : ne pas parler, ne pas écouter le monde extérieur, mais observer un silence total et laisser résonner en soi ce que l’on a de plus personnel, de plus privé, et cela, l’écouter. C’est le seul moyen » (J, p.188). De fait, ma vie n’est qu’une perpétuelle « écoute au-dedans », de moi-même, des autres, de Dieu. Et quand je dis que j’ « écoute au-dedans », en réalité c’est plutôt Dieu en moi qui « est à l’écoute ». Ce qu’il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l’essence et la profondeur de l’autre. Dieu écoute Dieu » (J, p.719). »
Faisant écho à cette phrase de Zundel : « C’est ce silence qui est l’objet de toute grandeur, c’est dans ce silence que l’on découvre la Présence infinie, c’est dans ce silence que l’on nait à soi-même, c’est dans ce silence que l’on atteint jusqu’à la racine de soi et jusqu’à la racine des autres »[10]
Quelle convergence entre ces deux êtres contemporains ! « Une parenté véritablement stupéfiante, d’autant qu’elle n’est en rien explicable par les raisonnements et la causalité ordinaire ».

LA JOIE : « Jésus, dans l’évangile de Jean, rappelle à Nicodème que l’Esprit est tel le vent : il souffle où il veut. Raison pour laquelle la nouvelle naissance, qui n’est ni une pieuse image, ni un symbole, n’est enfermée dans aucun baptême, aucun rituel, aucun sacrement. Elle estUnknown-1 un évènement humain majeur, un évènement libre de toutes barrières, qui échoit à tous ceux qui y aspirent du fond du cœur. Un évènement, certes invisible aux yeux du corps et incompréhensible à l’intelligence de l’âme, mais parfaitement réel et qui se reconnaît à ses fruits. Parmi ces derniers, la joie occupe une place privilégiée et nous avons dit que Zundel lui accorde une grande attention. Mais, justement, c’est bien cette joie qui éclate tout au long du journal d’Etty. Depuis l’instant où elle s’écrie dans le Cahier premier : « Maintenant, aujourd’hui même, à la minute présente, je vis, je vis pleinement, la vie vaut d’être vécue… » (J, p.80), jusqu’à son dernier cahier, où elle écrit, noir sur blanc, que la joie accompagnée de l’amour et de la force qui jaillissent d’elle comme des flammes n’est autre que « la joie de vivre ». « Le premier et meilleur indice de cette rencontre par laquelle l’homme nait à lui-même et accède, enfin, à l’existence véritable, cet indice est la joie » « avec une grande netteté la différence entre avant et aujourd’hui », « Et le fait tout simple est que maintenant j’éprouve tout » (J, p.63).
« Elle est la joie de quitter la condition d’objet pour parvenir à celle de sujet. Elle est celle dont traite si magnifiquement Maurice Zundel », liée à l’émerveillement de la découverte en soi de la Présence infinie, intérieure à chacun, qui nous fonde nous-même en nous reliant intrinsèquement à l’autre.

[1] . Une vie bouleversée, suivi de lettres de Westerbork : Journal 1941-1943 Poche,18 avril 1995.
[2] . Toutes les citations dans le texte sont de Michel Fromaget.
[3] . Ton visage ma lumière, 1989, p.73.
[4] . Retraite donnée en 1973 à la paroisse sainte Clothilde de Genève.
[5] . Je est un Autre, 1997, p. 101.

[6] . Journal, Une vie bouleversée, voir note supra.
[7] . Vivre Dieu p.47.
[8] . Marc Donzé, Témoin d’une présence, 1987.
[9] . Notre Dame de la Sagesse, 1995.
[10] . Vivre Dieu, p.47.

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