Témoignages :

 

Mgr Mirkis, archevêque de Kikourk (Irak)
Mgr Mirkis, archevêque de Kikourk (Irak)

Maurice Zundel :  L’homme qui nous a sauvés du cauchemar du Jansénisme.

« On n’a pas le temps, la vie passe si vite, on est occupé par les soucis matériels, ou par les divertissements… Et finalement la mort arrive et c’est devant la mort que l’on prend conscience que la vie aurait pu être quelque chose d’immense, de prodigieux, de créateur… Mais c’est trop tard… Et la vie ne prend tout son relief que dans l’immense regret d’une chose inaccomplie. Et les survivants sont là, à pleurer ceux qui ne sont plus, qui n’ont rien fait jaillir de leur existence et à la réalisation desquels les vivants ont si peu collaboré. C’est alors que la mort, justement parce que la vie a été inaccomplie, apparaît comme un gouffre…»  M. Zundel, A l’écoute du silence, Paris, 1979,….


Maurice Zundel (1897-1975) Ce Suisse que j’ai découvert, il y a quelques années par ses écrits spirituels, eut un impact sur moi. Comment quelqu’un issu d’un des pays les plus riches du monde peut-il atteindre un si haut degré d’abnégation, d’esprit de pauvreté et de profonde spiritualité en notre temps ?
Avant de le lire, j’imaginais que les pays riches ne donnaient pas naissance aux saints, contrairement aux nations qui souffrent (comme les nôtres) où la douleur peut ouvrir l’œil de l’homme et le mettre en face de la vérité et atteindre ainsi les profondeurs de la réalité. C’est pour m’en excuser que j’ai publié en arabe un de ses livres en 2016, « Vie, mort et Résurrection » (traduit par le père Albert Abuna). 
Maurice Zundel était un prêtre sans paroisse, il est devenu un prédicateur ambulant, en France, en Angleterre, en Egypte et au Liban en particulier, il a des centaines de conférences, causeries, sermons et des retraites … Il a à son compte 19 livres, restés pratiquement inconnus de son vivant.
M.Z., un penseur d’une profondeur exceptionnelle, vous sauve des apparences pour vous conduire directement à l’essentiel, il jouit d’une culture rare, possède des connaissances dans beaucoup de disciplines, maitrisant le latin, le grec ancien, l’hébreu, l’arabe, sans parler de langues européennes.
Il est aujourd’hui l’un des plus grands spirituels de notre temps avec son intuition et son illumination. Ancienne connaissance, celui qui est devenu le pape Paul VI l’a invité pour prêcher la retraite au Vatican, alors même que devant l’incompréhension de sa hiérarchie il s’est exilé autant en Egypte qu’au Liban.
Ce qui est remarquable chez ce prêtre, c’est sa notion de la liberté de Dieu envers l’homme et son concept de Dieu, par le développement d’une nouvelle anthropologie théologique caractérisée par un sens aigu de la création et de la nature.
Sa pauvreté est profondément différente des autres. La théologie de Zundel dissipe le cauchemar des idées « Jansénistes » (17ème et 18ème siècles) qui ont engendré la peur chez les croyants pendant des siècles. La colère de Dieu !
Zundel nous a ramenés à Jésus, qui nous a libérés du Dieu terrifiant. Nous sommes sauvés de cette image incomplète de Dieu, qui est un débris de l’Ancien Testament. Dieu roi assis sur le trône, un dieu omnipotent, un guerrier qui venge et n’hésite pas à assassiner et massacrer, qui punit sans pitié. Pour M.Z. Dieu est « plein de tendresse et de pitié». Il est le Dieu de Jésus Christ vrai Dieu, père admirable, « c’est Lui la bonne nouvelle » que nous présente L’Évangile, il a comme tout père aimant : fragilité, humilité, pauvreté, et même souffrance et innocence éternelle. « Dieu ne peut qu’aimer. » « Dieu est Dieu parce qu’il n’a rien, Dieu est juste amour, incapable de contrôler, parce qu’il ne peut que se donner ». Il est le Dieu de Jésus-Christ : esprit, lumière et amour.  »
MZ criait avec véhémence : « Il est temps de nous débarrasser des vieilles idées concernant la mort », puis il ajoutait : « Le vrai problème n’est pas de savoir si nous vivrons après la mort, mais si nous vivons avant la mort ! » « Parce que c’est la mort seule qui meurt. En fait, ce qui est mort est déjà mort ». Ses auditeurs devaient s’interroger lorsque MZ affirmait : « L’autre vie ne me concerne pas. Car je crois en ma vie en une autre personne qui est en moi, le Christ. « Parce que » l’autre monde est en moi. Il n’y a donc pas de « après » (…), c’est ici, maintenant, à l’heure actuelle. Et il est invité à rester pour toujours « .
Comment cela se passe-t-il ?
Maurice Zundel dit : « A un certain niveau de silence, l’homme devient un lieu saint, en lui se rencontre la présence de Dieu, faisant de lui un lieu saint, et entrant dans un dialogue qui découvre sa liberté et il se libère lui-même. Puis il s’interroge : « Qui suis-je ? Cette question est essentielle qui conduit immédiatement à la réponse qui peut sembler étrange : « Je, c’est quelqu’un d’autre », c’est celui que j’aime. Et sous sa lumière tombent tous les problèmes et se dissipent toutes les ambiguïtés, et tous les débats sur l’homme et Dieu, parce que la réponse vient de celui qui vit de l’Esprit qui nous fait comprendre l’originalité de notre existence, et nous conduit à nos profondeurs, où nous comprendrons la vérité divine qui nous libère et nous vide du « moi », et alors naitra l’homme à lui-même, pour devenir un espace sacré pour l’autre.
Maurice Zundel a eu une influence dans le monde entier. Il a fait de la théologie une réalité incarnée, révélant l’humanité de Dieu et invitant l’homme à la vie de Dieu.
Ainsi, il a compris le mystère de la Sainte Trinité, comme une délivrance du cauchemar d’une humanité qui était en vis-à-vis d’une divinité lointaine. Il a trouvé dans le cœur du Christ, ce qui est étonnant et merveilleux : que Dieu est Dieu parce qu’il communique avec nous. Il est Dieu parce qu’il se donne et ne garde rien, il est l’abnégation infinie et éternelle, qui jouit de la transparence de l’enfant, la transparence ou il n’y aucun type de saisie, mais tout est dirigé vers l’Autre, où c’est un pur altruisme. C’est là la grande confiance qui brille dans l’Evangile, c’est la «perle» trouvée par le marchand et qui a tout vendu pour l’acquérir, c’est Dieu, ce Dieu ! Jésus, qui en révélant la Trinité, nous a sauvés d’un dieu de cauchemar en dehors de nous, qui nous menaçait. C’est-à-dire il nous a sauvés d’un Dieu qui nous ressemblait ! Autrement dit, nous sommes sauvés de nous-même. Alors, nous osons l’admettre, et éteindre cette révolte contre ce vieux dieu. Mais avec la Trinité, nous entrons dans le monde de la relation, pour vivre tout sous la forme d’un don, nous vivons la relation avec nous-mêmes et avec les autres, dans une âme pleine d’amour, comme le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ.
Kirkuk, en la fête du Saint-Esprit, 20 mai 2018.
(Bulletin du diocèse de Kirkuk et Sulaimanyah)

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Un Chemin de Croix avec Maurice Zundel, Méditation d’Antoine Schüle
                      Chemin de Croix avec Maurice Zundel

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  Frère José Kohler.

 

downloadMAURICE ZUNDEL

ET ST FRANCOIS.

PAUVRETÉ ET EMERVEILLEMENT .

 

L’œuvre de Maurice Zundel (I897-1975) est foisonnante, MZ est un esprit curieux. Ce n’est pas un théologien systématique, c’est un pasteur et un mystique, tout ce qui concerne l’homme et la recherche du sens l’intéresse. Mais dans cette pensée une ligne se dessine qui unifie l’ensemble de ses réflexions et de ses écrits.
Marc Donzé, prêtre Suisse lui aussi, un des meilleurs connaisseurs de Maurice Zundel – il a réalisé sa thèse sur son œuvre – en parle ainsi : « S’il fallait qualifier d’un mot la voie mystique et théologique de Zundel, nous dirions qu’elle est franciscaine, car Zundel a finalement traduit en théologie l’expérience mystique de saint François, en y ajoutant bien sûr ses harmoniques propres…La contribution de Zundel, au niveau théologique, peut se situer comme la réinterprétation de toute la dogmatique chrétienne dans une métaphysique de l’amour, qui est une métaphysique de la pauvreté…la tonalité franciscaine de sa mystique nous invite à situer toute La vie sur l’axe de la désappropriation dans la rencontre de Dieu, en laquelle le monde tout entier devient fraternel. » (Marc Donzé. La pensée théologique de MZ. Pauvreté et libération. Cerf /Tricorne. 1980. P 316-317)

  1. La découverte de St François et de la pauvreté.
    Il faut noter que pendant son adolescence MZ s’est montré très curieux des choses de la nature et de la science. Avec ses amis de collège, il a lancé un club de la nature qui s’intéressait aux animaux et aux sciences ; d’autre part il fait une expérience spirituelle forte : il perçoit Marie comme la Vierge qui virginise, « virgo virginans » : Marie accueille la vie de Dieu en elle pour la donner au monde, elle ne retient rien pour elle. Il fait aussi une autre rencontre : un ami protestant pauvre qui l’initie à la lecture de l’Evangile et spécialement l’Evangile des Béatitudes ; ensemble ils lisent aussi les misérables de Victor Hugo et sont frappés par la figure de Mgr Myriel évêque de Digne qui accueille Jean Valjean à la sortie du bagne et lui donne une seconde chance. Zundel restera passionné de nature et de sciences et toujours préoccupé du sort des pauvres et des questions sociales.
    La découverte de Saint François se fera plus tard, dans une période où il vit une grande pauvreté intérieure. Jeune vicaire à Genève, mal à l’aise dans la manière habituelle d’enseigner la foi mais passionné par le désir de communiquer le souffle de l’Evangile aux jeunes dont il a la responsabilité, il est accusé par un collègue d’avoir un enseignement peu orthodoxe ; l’évêque lui demande d’aller    refaire un peu de théologie thomiste à Rome (1925-1927) ; à la fin de ces études et à son retour en Suisse il ne le nomme à aucun poste en Suisse et l’exile à Paris où son originalité, pense t’il, passera plus inaperçue. Alors va commencer pour Zundel une vie nomade. C’est à ce moment où il éprouve une grande solitude et un sentiment d’exclusion qu’il va découvrir l’importance de St François (peut-être est-il passé à Assise pendant le temps de ses études à Rome ?) ; Il le dit lui-même a plusieurs reprises et notamment dans un texte où il se confie aux carmélites de Matarieh en Egypte dont il a été très proche pendant son séjour dans ce pays entre 1939 et 1945.

« Mais les pauvres m’ont sauvé. Ils étaient pour moi le sacrement de Dieu. Les pauvres auxquels je croyais et en faveur desquels je vidais mes poches. C’est grâce à eux et notamment, et spécialement à la Saint Vierge qui m’est restée toujours présente, ainsi qu’à l’Evangile goûté dans mon adolescence, que j’ai pu surnager dans mon activisme.
Ensuite vint la grâce des grâces, la présence de saint François d’Assise. Je l’ai rencontré à ce moment là et je ne pouvais imaginer l’influence qu’il devait avoir sur moi qui concordait avec ce que la théologie m’avait apporté de meilleur. Quand on pense à l’histoire des dogmes, ce mot qui hérisse tous les gens qui ne savent pas ce que cela veut dire…ces notions s’acharnaient, en fait à montrer que tout reposait sur la qualité de relation et sur la générosité ; l’incendie s’est allumé en moi : je percevais que la mystique trinitaire était l’expression d’une générosité. L’Esprit pouvait aller plus loin. Saint François m’est apparu comme celui qui a eu la mission unique de chanter la pauvreté comme une personne et de voir en elle Dieu lui-même. Ce que les théologiens disaient admirablement mais sèchement devenait vivant et le regroupement s’est fait de lui-même : la sagesse de Dieu s’identifiant avec la pauvreté : c’était la fin du système. Ce n’est que plus tard que j’ai compris, que j’ai commencé à comprendre, et je ne fais que commencer, que justement la vérité est une Personne, que Dieu est Esprit et que Dieu est Pauvreté. Ce n’est que plus tard que j’ai eu, et d’une manière vitale, vivante, expérimentale et personnelle, ce contact avec le Dieu pauvre » (Cénacle de Genève.1961 Cité in Bernard de Boissière. France Marie Chauvelot. Maurice Zundel biographie Presses de la Renaissance.p 137-140. Et aussi in. Un autre regard sur l’homme. Paroles choisies par Paul Debains. Sarment .1996. p. 23-24)

  1. Zundel va tout de suite à la pauvreté de Dieu dans la Trinité
    Bien sûr la Trinité nous est révélée par le Christ et l’Eglise en réfléchissant justement sur la personne du Christ et sur sa relation avec Dieu le Père, va peu à peu préciser cette notion de Dieu Trinité ; (Il faudrait relire l’Evangile de Jean dans cette perspective (Jn 4 : « Ma nourriture c’est de faire la volonté de mon Père. » Jn 14 « Philippe qui me voit, voit le Père », Jn 13 le lavement des pieds 😉
    Trinité : un seul Dieu en trois personnes. Dieu est Père, Dieu est Fils, Dieu est Saint Esprit. La pauvreté de Dieu c’est une pauvreté de relation, de partage de don. Dieu n’existe qu’en se donnant. Son être même c’est de se donner. (C’est cela que dit St Jean quand il dit que Dieu est amour). Le Père se donne au Fils, le Fils se reçoit du Père, L’esprit est cet échange, cette communion entre le Père et le Fils.

Ecoutons MZ : « Les hommes ont toujours imaginé Dieu comme étant au sommet de la pyramide : ils l’ont toujours vu en hauteur, très loin, très loin, très haut, très haut, assis sur un trône de diamant, avec des séraphins qui lui chantent des louange, parce qu’ils étaient incapable d’imaginer Dieu autrement. Il a fallu Jésus Christ pour nous apprendre qu’il y a une autre dimension, une autre dimension de la grandeur, cette dimension que les hommes ne soupçonnaient pas, cette dimension qui devait scandaliser l’Apôtre Saint Pierre lorsque Notre seigneur parlait de lui laver les pieds. Comme Pierre refusait la Croix comme une impossibilité, il refusait pour Jésus l’humilité du geste de l’esclave à genoux devant ceux à qui il lave les pieds. Et notre Seigneur devait l’avertir qu’il n’aurait aucune avec Lui s’il n’acceptait pas ce geste d’humilité, qui est justement le geste naturel du vrai Dieu, car le vrai Dieu, c’est un Dieu humble et pauvre.

Pour le bien comprendre, il nous fallait saint François d’Assise. Saint François d’Assise est une des plus grandes grâces que Dieu ait faite à l’humanité depuis l’avènement de Notre seigneur… » (La Trinité mystère de la pauvreté de Dieu. in Je parlerai à ton cœur. Anne Sigier 2000 p. 94-107. Retraite à des sœurs franciscaines du Liban 1959 du 3 au 10 août.)

« François nous a permis de lire enfin l’Evangile dans toute sa nouveauté. Il nous a fait découvrir dans l’Evangile, l’Evangile de la pauvreté : « Bienheureux ceux qui ont une âme de pauvre, parce que le Royaume des cieux leur appartient » Et si cette bénédiction est la première, c’est justement parce qu’elle est celle de Dieu, c’est parce que lui-même, Dieu est le grand pauvre. Il n’y a aucun doute possible là-dessus : si François a tout quitté pour suivre la pauvreté, lui qui n’a pas voulu être le domestique d’un domestique, lui qui ne se paie pas de mots, lui qui veut vraiment la grandeur sans limites, il n’y a aucun doute possible, s’il a aimé la pauvreté avec cette passion totale, c’est parce que pour lui elle est Dieu. Et c’est par là que nous avons pu enfin trouver cette lumière adorable que notre Seigneur nous avait communiquée en nous introduisant dans les secrets du Père, ces secrets, comme il le dit lui-même, qu’on ne dit qu’à ses amis. C’est par là que nous avons pu pénétrer enfin dans ce secret merveilleux qui est la Très Sainte et Adorable Trinité. » (p. 100-101)

La Trinité n’est pas un dogme hermétique, réservé à quelques mystiques ou théologiens chevronnés, « la Trinité nous ouvre le cœur de Dieu : la Trinité nous apprend que Dieu n’est pas solitaire. Il est unique mais pas solitaire, que ce n’est pas quelqu’un qui se regarde, qui s’admire, qui se célèbre, qui s’encense et qui s’aime, parce qu’en Lui, toute la vie jaillit, jaillit, jaillit comme une communication qui va du Père au Fils, du Fils au Père, dans l’unité du Saint Esprit, qu’il y a en Dieu l’Autre, qu’en Lui « je est un Autre », qu’en lui la vie c’est « tu es moi »…le père le disant au Fils, le Fils au Père et le Fils et le Père au Saint esprit et le Saint Esprit au Fils et au Père.

En Dieu il n’y a pas un Moi unique, un Moi solitaire, un moi rivé à lui-même, mais trois foyers de lumière, trois foyers d’amour et de communication, où toute la Vie Divine constamment se renouvelle dans un don inépuisable. Le Père ne se regarde pas : il n’est qu’un regard vers le fils qui n’est qu’un regard vers le Père ; et le Père et le Fils ne s’idolâtrent pas : ils ne sont qu’un élan vers le saint esprit qui respire le Père et le Fils.

La vie divine est ainsi en état de pauvreté, Dieu n’a prise sur lui-même qu’en se communiquant : le Père au Fils, et le Père n’est rien d’autre que cette communication vivante au Fils. Il n’est pas comme un Père, un homme qui existe d’abord et qui ensuite devient père. En Dieu la Paternité est éternelle, en Dieu la filiation est éternelle…Eternellement, la trinité est le dépouillement de Dieu. Eternellement Dieu est tout donné, dans la circumincession, dans la circulation du Père dans le Fils, du Fils dans le Père, dans le baiser de feu du Saint esprit qui n’est qu’une respiration d’amour vers le Père et le Fils. C’est une telle découverte qui vient à St François lorsqu’il comprend qu’il est promis à Dame Pauvreté !…Dieu n’est pas un pouvoir crispé sur Lui-même qui se défend, qui nous écarte, qui nous interdit d’approcher de lui et qui se venge par les pires châtiments de tout essai d’usurper ses droits. Dieu justement est Celui qui n’a rien, qui ne peut rien avoir, qui ne peut rien posséder, parce que la vie en Lui est toute personnifiée, elle est toute personnelle, et qu’une Personne c’est justement un être qui est tout entier DON. » (ibid. p.102-103)

  1. Le Christ est doublement pauvre.
    Après avoir parlé de la Trinité MZ va revenir à la pauvreté du Christ. Le Christ est doublement pauvre, dans son humanité et en tant que Verbe incarné. D’après le concile de Chalcédoine (451) le Christ est une seule personne en deux natures : la nature humaine et la nature divine (C’est le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu qui s’est incarné). Le christ est pauvre dans son humanité, il partage notre fragilité humaine, il descend au plus bas de la condition humaine, il se fait proche des plus pauvres…Mais il est pauvre aussi dans sa divinité, en tant que Fils de Dieu, que Verbe incarné il est totalement orienté vers le Père, il reçoit sa vie du Père et vit toute sa vie en communion avec le Père, dans l’amour du Père. Or c’est sa condition de Fils de Dieu qui porte, qui assume son humanité. Donc tout son être, comme dans la Trinité est accueil et don, partage, dépouillement, pauvreté. MZ prend une image : le Christ est comme une coquille de noix portée par la vague en direction de Dieu le Père ; (Il faudrait souligner que le Christ demeure fondamentalement libre car cette vague n’est pas la vague de la nécessité, mais la vague de l’amour, la vague de la communion du Père et du Fils dans l’Esprit. C’est peut-être dans l’amour vrai que nous sommes les plus libres et que nous déployons le meilleur de nos énergies).

     LE CHRIST (Une Personne. Deux natures )                                     LE PERE      

               La nature humaine

               La nature divine (le Verbe. Le Fils éternel)

 

     La nature divine du Verbe, porte dans l’Esprit, le Christ Jésus, vers le Père comme une vague.

« Ce qui est communiqué à l’humanité de Notre Seigneur, c’est la pauvreté divine en personne. Jésus va nous révéler précisément la Pauvreté divine. Il va nous introduire au cœur de l’intimité de Dieu en nous faisant connaître la désappropriation radicale qui fait que chaque personne en Dieu est éternellement constituée par sa relation aux deux autres…Il nous révèle du même coup l’Incarnation comme la communication à cette nature humaine créée dans le sein de Marie, comme la communication qu’il lui fait de la pauvreté infinie qui est la subsistance du Verbe. Cette nature humaine est radicalement expropriée d’elle-même. Elle ne vit pas dans sa propre clôture comme nous vivons, nous, dans une subsistance d’ordre naturel, ayant constamment à franchir cette clôture pour nous libérer radicalement de nous-mêmes, pour entrer en dialogue avec le Dieu vivant, pour pénétrer dans l’intimité des autres sans la violer. Nous avons constamment à faire cette trouée à travers une fermeture connaturelle, à travers une subsistance d’ordre humain. L’humanité de Jésus Christ est au contraire, radicalement ouverte sur la divinité ; elle est assumée dans la vague infinie, comme une coquille de noix le serait par l’Océan ; elle est assumée par la vague infinie qui jette éternellement le Fils dans le sein du Père. Comme l’enseigne Chalcédoine, ce n’est pas que l’humanité de Notre Seigneur ait été transformée en divinité : l’humanité de notre Seigneur n’est pas Dieu, c’est l’humanité de Dieu, c’est l’instrument conjoint, c’est le sacrement ; «le sacrement des sacrements » comme le dit le père Schwalm ; le sacrement diaphane à travers lequel la divinité personnellement se révèle et se communique : une hostie vivante qui inscrit dans notre histoire la présence personnelle de Dieu, c’est-à-dire inscrit dans notre histoire l’éternelle Pauvreté, qui est aussi l’éternelle Liberté. » (MZ. Fidélité de Dieu et grandeur de l’homme. Cerf 2009 ; p.114-115. Retraite prêchée aux cisterciens de Timadeuc en 1973). (cf. aussi : le mystère de jésus, mystère de pauvreté. In MZ. Silence Parole de Vie. Anne Sigier 1990.200O. p.103-110. Retraite prêchée aux franciscaines du Liban Juillet 1959)

  1. Vivre la pauvreté. Ne pas mépriser le monde mais l’aimer infiniment.
    La pauvreté a toujours été vécue dans l’Eglise et dans la vie religieuse mais plutôt, dit MZ sous le mode de l’ascèse, du renoncement. François d’Assise lui insiste davantage sur l’accueil et le don. La pauvreté est d’abord une question de relation. La pauvreté c’est quelqu‘un, c’est une mystique, une voie d’amour, parce que Dieu lui-même est pauvreté, liberté, amour, il est impossible d’entrer en relation avec lui autrement que dans la pauvreté, la liberté et l’amour.
    Le monde est un cadeau de Dieu, il convient donc de le recevoir avec joie et reconnaissance mais de ne pas le refermer sur soi. Sinon on arrête l e courant de la vie. « Un enfant comprend qu’on ne peut pas mettre l’amour dans sa poche »
    Chez François il n’y a pas de mépris pour les choses créées. La meilleure preuve c’est qu’il compose le Cantique des Créatures à la fin de sa vie alors qu’il est très malade, quasi aveugle et proche de la mort. Il est dépouillé de tout mais rend grâce à Dieu pour le don de la création.                                                              « Si François n’a rien voulu s’approprier, c’est parce qu’il aimait trop la Création. Il aimait trop l’œuvre de Dieu pour la mettre dans sa poche. Il savait que toute appropriation est une manière d’éteindre la lumière, d’éteindre la beauté du monde, parce qu’on la ramène cette beauté du monde, au petit cercle du moi animal et égocentrique. Au lieu que le monde soit un espace qui nous appelle à la joie d’une découverte inépuisable, le monde devient une prison : il faut l’entourer de murs, de fils de fer barbelée, il faut le défendre, il faut en perdre la joie en faisant le guet pour ne pas être volé. 

               Saint François devait faire tomber toutes ces barrières. Il voulait que le monde fût ouvert à tous les hommes et qu’on vît dans l’univers un cadeau, un cadeau de la tendresse divine et par conséquent une Personne. Le monde n’est pas une chose, le monde est une Personne. Le monde est un sacrement, du moins il est appelé à le devenir. Il n’y a rien qui ne soit en dehors du Royaume de Dieu, il n’y a rien sur quoi le regard de Dieu ne se soit posé. Et par conséquent, toute chose peut devenir une révélation de sa Présence et de sa Beauté.                                                                                   Le dernier geste de saint François devant la mort, ce n’est pas de se détourner du monde comme s’il le quittait, mais de l’offrir parce qu’il l’emporte avec lui dans son cœur. Toute la création est un offertoire. ..

Il ne s’agit pas pour aller à Dieu, de se séparer du monde visible, au contraire mais de l’aimer. Il ne s’agit pas de sortir de son corps, mais de faire de son corps un corps éternellement vivant. Il ne s’agit pas de s’arracher au temps mais de s’éterniser dans le temps. Justement, c’est ce qu’il y a de merveilleux dans l’Evangile : il ne sépare pas, il unit. Il ne dévalorise pas la terre en nous faisant de la terre une espèce de soupir désespéré vers un ciel imaginaire. Il donne à la terre toute sa consécration, toute sa beauté, et il nous demande d’en faire une terre nouvelle qui sera le ciel de l’Eternité ;

Il y a toute une révélation de la conception chrétienne de l’homme et du monde tout à fait opposée à la vision platonicienne ou même brahmanique du monde où il semble que, pour arriver à Dieu, il faille fuir l’univers, se détourner des parfums, des couleurs et des sons et habiter une espèce de monde abstrait, étouffé et asphyxiant. C’est le contraire qui est vrai ! Il faut aimer le monde infiniment, et c’est cela la pauvreté de saint François : c’est qu’il aime infiniment toute créature, il l’aime trop pour la limiter à un usage mesuré aux besoins de l’homme. Il veut que chaque créature fleurisse dans la lumière de Dieu, que chaque créature se réalise selon la Pensée qui nous la donne. » (MZ. Je parlerai à ton cœur, op. cité p. 261-273. La pauvreté)

Le monde ne devient réellement le monde de Dieu que lorsqu’on l’accueille avec reconnaissance comme un cadeau de Dieu, comme un don de l’amour de Dieu. Car le monde n’a pas été créé comme une machine par un ingénieur génial ou par un premier principe mais il a été créé dans l’amour du Père pour son Fils. Il s’agit pour que le monde devienne vraiment le monde de Dieu de « refermer l’anneau d’or des fiançailles éternelles ».

  1. L’émerveillement. Dieu c’est quand on s’émerveille.

Pour MZ, l’émerveillement est une expérience de libération de soi, de désappropriation. Il nous raconte l’expérience qu’il a faite à Florence quand il s’extasie devant les oeuvres de Michel Ange.(cité in Bernard de Boissière. Biographie. p. 136) Lorsqu’on s’émerveille on sort de soi, on n’est plus replié sur son moi égoïste ; on se laisse transformer par l’autre rencontré, que ce soit par la beauté, la vérité, l’amour. « Dans l’émerveillement nous sommes, pour un moment, libérés de nous-mêmes, nous ne sommes plus qu’un regard vers, une attention, une aspiration vers, nous sommes ainsi totalement soulevés, emportés, libérés quand nous passons dans l’objet de notre émerveillement, quand nous sommes suspendus à lui, quand nous sommes dans un immense silence où nous ne percevons que son appel, où nous nous sentons décoller de nous-mêmes ; Et nous apprenons dans cette expérience même qu’il y a un autre moi possible que ce moi viscéral, possessif, égocentrique, d’ailleurs naturel, qu’il y a un autre moi oblatif, qu’il y a une autre manière d’exister que de s’accrocher à soi et de coller à soi qui est de se donner, de s’offrir, de se perdre en un autre et que , à ce stade, en effet, on ne se subit plus soi-même parce qu’on se donne, parce que l’être tout entier jaillit dans cette création d’amour » (MZ. L’humble Présence. p. 30)

L’émerveillement nous décentre de nous-mêmes et nous ouvre à la profondeur des choses et des personnes, il nous ouvre aussi à notre propre profondeur, à la Présence qui nous habite. « Un homme qui s’émerveille, c’est un homme qui ne se limite plus à des choses matérielles, pour qui le monde n’est pas seulement un objet qu’on utilise…dès que vous entrez dans cette admiration, votre imagination se dilate, votre regard se perd dans l’infini et votre cœur se sent accordé à une présence inexprimable. » (MZ. L’humble présence. P. 30)

« La véritable humilité, c’est de s’émerveiller tellement de la beauté de Dieu, de la bonté de Dieu, qu’on ne puisse plus penser à soi. Et la seule manière de se guérir de cette vanité bête à laquelle nous cédons si facilement, c’est justement d’apprendre à s’émerveiller…Il me semble que la plus belle manière d’échapper à ce sentiment de mendicité (fausse humilité) et de retrouver notre dignité humaine, c’est d’entrer dans la musique, c’est d’entrer dans la connaissance, de cultiver ardemment une science, c’est d’aimer la nature, c’est de gravir une montagne, c’est d’aller chercher le lever du soleil, c’est de s’enthousiasmer pour la paix d’une nuit étoilée, c’est d’assister aux rires et aux ébats d’un petit enfant, c’est de s’émerveiller de son premier sourire, c’est de chercher partout à susciter cette éclosion de la beauté, de la grandeur et de la dignité. Alors on n’a plus besoin de s’aplatir, on ne pense plus à soi, on se perd dans la beauté que l’on rencontre, on s’oublie dans la musique, on s’émerveille de ce sourire d’un petit enfant et, dans la joie d’admirer, on communie toujours plus profondément à la présence divine qui se révèle sous tous ces visages innombrables, sous tous ces aspects de la nature, de l’art, de la science et de l’humanité. » (MZ. Ta parole comme une source. Op cité p.201)

« Dieu c’est quand on s’émerveille ; Dieu pourrait-on dire, c’est quand on s’émerveille. Dieu c’est quand tout d’un coup on découvre le visage de la beauté ; Dieu c’est quand on perçoit une valeur infinie ; Dieu c’est quand résonne la musique de l’éternité ; Dieu c’est quand l’homme ne se voit plus parce qu’il n’est plus qu’un regard vers cette présence qui l’appelle et l’aimante, qui l’oriente, qui le délivre en le comblant…

Le vrai chrétien n’est pas celui qui s’aplatit dans le sentiment d’une perpétuelle mendicité, mais celui qui, ne se regardant plus, parce qu’il se perd dans l’éternelle beauté, ne pense plus comme François, qu’à chanter, à chanter la terre, à chanter le soleil, à chanter la lumière, à chanter les étoiles, à chanter les couleurs, à chanter les fleurs, parce que le monde est devenu infini, parce qu’il apparaît comme le don d’une tendresse incomparable, qui s’échange avec nous-mêmes, par ce que désormais on n’est plus hors de la maison, on a trouvé enfin son foyer et que dans ce foyer le Cœur qui bat dans le nôtre, le Coeur qui est le Dieu vivant, le Cœur du premier amour qui est aussi l’origine et la source et la caution et le phare de notre grandeur et de notre liberté…Laissons un peu d’espace autour de cet immense poème de la création qui revient à son origine, laissons un peu d’espace pour que ce poème s’organise en nous et qu’il devienne vraiment le chant de notre vie. » (MZ. Vie, mort, résurrection. Recueil d’homélies. Anne Sigier 2000. p.113-115)

CONCLUSION. L’oraison sur la vie. Accueillir la joie. Laisser refleurir notre paysage intérieur.

« Vous regarder, c’est évidemment sombrer dans vos propres ténèbres. Regarder Dieu, c’est déjà entrer dans la lumière. Et finalement c’est le sens de la prière, c’est focaliser notre regard sur Dieu, sur Dieu en nous, sur Dieu dans les autres, sur Dieu dans l’univers, sur Dieu dans la connaissance, sur Dieu dans l’art, sur Dieu dans l’amour, sur Dieu dans le corps, sur Dieu dans toutes les réalités. (MZ. Le mal et son remède, la prière, inédit, février 1974, au cénacle de Paris)

« Aimez-vous l’homme ? Alors oui si vous aimez l’homme, si vous aimez votre prochain, vous pouvez dire que vous aimez Dieu…C’est pourquoi la véritable prière du chrétien, l’oraison spontanée du disciple, c’est une oraison sur l’homme ; » (MZ. Ton visage ma lumière. p. 47 s.)

Nous sommes invités à accueillir la joie car « Quand nous cueillons la joie nous éternisons les créatures comme saint François les fait entrer dans le Cantique du Soleil. Il faut se donner ce loisir pour y découvrir une source qui renouvelle tous nos horizons ; et normalement c’est en nous établissant dans un état de silence que nous y parviendrons. Si nous nous ménageons chaque jour ce moment de recueillement, il est presque impossible que notre paysage intérieur ne se remette à fleurir. » (MZ. Emerveillement et pauvreté. Ed Saint Augustin. 1990. p.117 s.)

Entrer dans le chemin de pauvreté à la suite du Christ et de François d’Assise, c’est accueillir une Bonne Nouvelle. Dieu est pauvre, il n’est qu’amour, que don, accueil, partage. Sa seule puissance c’est son amour. Dieu cesse de nous dominer, de nous écraser, il ne peut nous rejoindre que par l’amour, nous ne pouvons le rejoindre que par l’amour. Il ne peut pas s’imposer de l’extérieur, il se confie à notre amour, à notre intériorité. Dieu est un Dieu fragile il faut le protéger de nous-mêmes, il se confie entre nos mains. Le monde est un cadeau de son amour, pour qu’il devienne vraiment le monde de Dieu nous sommes invités à l’accueillir comme un cadeau, à nous émerveiller pour qu’il reste ouvert sur sa source. Nous sommes invités à refermer l’anneau d’or des fiançailles éternelles, à entrer dans la joie de l’Alliance.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

Bibliographie. (ouvrages cités ou utilisés pour cette réflexion)

Bernard de Boissière. France-Marie Chauvelot. Maurice Zundel. Biographie. Presses de la renaissance. 2004

Marc Donzé. La pensée théologique de Maurice Zundel. Pauvreté et libération. Cerf. Tricorne. 1980

Marc Donzé. La pauvreté comme don de soi. Essais sur Maurice Zundel. Cerf / Saint Augustin. 1997

Marc Donzé. L’humble présence. Inédits de Maurice Zundel, tome 1 ; Tricorne. 1994.

Marc Donzé. Prier 15 jours avec Maurice Zundel. Nouvelle cité.1997.

Emmanuel Latteur. Les minutes étoilées de Maurice Zundel. L’éveil à la présence Anne Sigier 2001.

Maurice Zundel. Emerveillement et Pauvreté. Saint Augustin. 1990.

Maurice Zundel. Je parlerai à ton cœur. Anne Sigier.2OOO. Retraite prêchée à des religieuses franciscaines du Liban. Août 1959.

Maurice Zundel. Silence Parole de Vie. Anne Sigier. 1990.2000. retraite aux religieuses franciscaines du Liban. Juillet 1959.

Maurice Zundel. Ta parole comme une source. Anne Sigier.1987.2005. Recueil d’homélies.

Maurice Zundel. Ton visage ma lumière. 90 sermons inédits de MZ. Desclée. 1989.2000

Maurice Zundel. Vie, Mort, Résurrection. Anne Sigier. 2000. Recueil d’homélies.

Maurice Zundel. Fidélité et grandeur de l’homme. Cerf 2009. Retraite prêchée aux cisterciens de Timadeuc en 1973)

Récents :

Textes choisis et présentés par France-Marie Chauvelot. Maurice Zundel. Je ne crois pas en Dieu, je le vis. Le Passeur Editeur. Nouvelle Edition 2017

 

 

 

 

 

 

Élisabeth Sombart :

« Ce livre Je parlerai à ton coeur a tant ému mon coeur, a eu une telle résonance en mon âme, que j’ai souhaité vous faire partager l’émerveillement qu’a suscité sa pensée en moi.  »
(La pianiste Elisabeth Sombart à la journée des AMZ France, le 9 octobre 2014)

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Tous les textes que nous travaillons sont d’une richesse extraordinaire.
Si  nous pouvions tout assimiler afin de mieux vivre toute cette présence ! Pour moi, Maurice Zundel est  la découverte d’un prêtre hors du commun qui a une hauteur d’âme extraordinaire. Que suis je ?

Je sens en lui cette présence mystique dont nous en avons tant besoin.
Il respecte l’autre au point qu’il s’agenouille devant lui. En tout homme

il y a cette présence.
Dieu est profondément discret, il n’oblige personne à l’aimer, il nous laisse totalement libre.

Zundel s’emerveille de l’autre au point de ne plus penser à lui. Il est l’Amour, il est  » lumière » ; il parle du paradis d’une facon extraordinaire : « il ne s’agit pas de rentrer au paradis, il faut le devenir ». Quel travail !


Dieu veut un monde à son image, un monde libre qui ne subit pas son être ; un monde qui est avec Dieu en état de réciprocité nuptiale. Dieu nous pousse perpétuellement vers le haut. Il a crée l’homme à son image et l’a revêtu d’une noblesse mystique. Nous sommes transfigurés par sa « Présence Infinie » ce qui fait que nous sommes, chacun,  « le visage de Dieu ». Combien nous avons à respecter l’autre ! Nous  sommes un corps, nous sommes une âme. Nous sommes un tout.
Tous ces textes me font grandir.
 il y aurait tant de choses à dire ! tout est si beau, poignant et émouvant devant tant d’amour et de dignité.
Comme Il nous aime ! comme Il a besoin de nôtre intimité. On devient le ciel ! Il me faut beaucoup d’oubli de moi-même pour le devenir.
Ghislaine.

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La pensée de Maurice Zundel est une «  bouffée d’oxygène » pour ma vie ! Maurice Zundel ne manque pas de nous faire comprendre la « pauvreté » et l’humilité de Dieu qui ne « peut » rien sans nous. Dieu nous donne tout et respecte notre libre réponse. Vivre ma foi n’est pas une une série de règles à observer, mais un appel à reconnaître sa présence dans toute la création et dans le cœur de chaque personne que je rencontre. Maurice Zundel m’ « apprend » peu à peu à tout recevoir du Seigneur ( M.Z. dirait de la Trinité) pour devenir à mon tour don.
Bernadette

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Se préparer à la Rencontre par le père Jean-Marie Donadéï, Roc Estello  :    jm-donadei-la-vie-interieure

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J’ai lu cet été l’ouvrage de Keith Beaumont sur  Newman, par Sixte Sagot.

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Zundel a ré-ouvert en moi un extraordinaire espace de réconciliation, de libération, d’espérance, de conversion apaisé, de douceur et de joie! Un espace d’émerveillement  face à la création, un ardent désir de suivre le Christ sur Ses chemins de façon volontaire, avec une mise en garde contre toute forme de volontarisme! D’ailleurs je me méfie de tous les mots qui se terminent en «isme»…   Ce qui reste à dire est à Vivre !                                                                    Luc

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L’effet « Zundel » sur moi
          Par Michel Dansereau, médecin, psychanalyste et auteur.
Témoignage reproduit avec l’autorisation de info@sentiersdefoi.org

Devenir quelqu’un, une personne libre, coauteur de son être et se reprendre sans cesse, voilà une perspective de vie libérante et exaltante que propose Maurice Zundel.

Zundel m’a rejoint en beaucoup de choses. Voici trois aspects de sa pensée qui m’ont particulièrement marqué. En premier lieu, il m’a permis d’approfondir la dimension écologique de la personne éveillée en moi […] Chaque individu dépend de tout l’univers : besoin d’air pour respirer, de soleil pour fournir l’énergie nécessaire à la vie, végétaux et animaux pour se nourrir, etc.

Zundel m’a aussi aidé à écrire mon essai sur la personne2, à comprendre comment nous pouvions évoluer d’une conscience d’être quelque chose à celle d’être quelqu’un. Autrement dit, comment l’individu (isolé) devient une personne (un être de relations). Mais, en même temps, cette conscience d’un pouvoir être nous révèle également que nous ne sommes pas; elle montre notre inachèvement, notre manque d’être, donc notre besoin des autres pour nous compléter, nous réaliser.
Mais c’est en ce qui concerne la dimension plus proprement spirituelle et religieuse de ma vie qu’il m’intéresse ici. Zundel m’a fait repenser les lieux de la foi commune qui m’avait été enseignée dans mon enfance. Par exemple, il m’a beaucoup aidé à me déculpabiliser en affirmant que la tentation était d’abord une tentative d’achèvement. J’ai dès lors compris le péché originel annonçant notre mortalité autrement que comme une simple désobéissance ainsi qu’on me l’avait inculqué. Voir le péché originel comme une tentation plus ou moins avortée de poser un acte libre cessait d’être un fardeau pesant sur ma destinée; il était une première tentative pour devenir libres, être origine de nous-mêmes. […] Le refus d’être origine, dit-il, serait une faute. L’éthique qu’on développera en conséquence de la faute cessera d’être une morale d’obligation (d’expiation et de réparation) pour laisser place à une morale de libération : se reprendre lorsque nous nous sommes trompés ou que nous avons été trompés par d’autres et devenir enfin vraiment libres… origine de nous-mêmes.

Lorsqu’une personne découvre son pouvoir d’être, elle prend conscience d’être une liberté, d’avoir une sorte de pouvoir d’autocréation en interaction, bien sûr, avec d’autres. Autrement dit, elle doit se faire autant qu’elle a été faite par d’autres. Elle est ainsi conduite à se choisir, à être origine d’elle-même. Un acte vraiment libre serait donc originel. Cette liberté cependant peut aussi refuser d’être origine en restant cantonnée dans son être créé par d’autres; la personne peut vouloir demeurer quelque chose, un objet qui refuse d’être sujet, qui s’interdit d’être quelqu’un. Nous serions alors en pleine faute originelle, dans une sorte de défaut de fabrication où nous nous complairions (peut-être par traumatisme, pusillanimité ou manque d’ambition). Cet état est existentiellement celui où nous sommes en venant au monde alors que nous dépendons entièrement de nos géniteurs.

Ce défaut de fabrication, Michael Balint l’appelle cliniquement : The Basic Fault3. Au commencement, nous nous laissons faire par les autres au lieu de nous faire nous-mêmes. C’est le manque fondamental qui entache tout être humain et fait poser à Hamlet la fameuse interrogation ontologique d’être ou n’être pas.

« Si l’on prend au sérieux la liberté comme un pouvoir créateur de nous-mêmes, il apparaît que le bien dont elle est capable, quand elle s’engage à fond, est notre promotion à une existence authentiquement personnelle et que le mal dont elle est coupable, au même niveau d’engagement, est toujours une faute originelle, j’entends un refus d’être origine… Nous sommes tous virtuellement capables, à chaque instant, d’une faute originelle, comme nous avons également la possibilité de nous faire origine… Tout l’ordre moral est une question d’être pour une créature intelligente appelée à se faire au lieu de subir son existence4. »

À partir de ces prémisses, les lectrices et lecteurs curieux trouveront dans Zundel une instructive relecture du récit biblique de la faute originelle mettant en scène l’épreuve de la liberté humaine.

1. NDLR : Plus tard, Pierre Dansereau devint doyen de la Faculté des Sciences (UdeM) puis écologiste de réputation internationale.
2. Dansereau, M., À la recherche de l’objet d’amour perdu, Éditions du Méridien, Montréal, 1999.
3. Balint, M., The Basic Fault, Brunner1Mazel, New York, 1979.
4. Zundel, M., Je est un autre, Éditions Anne Sigier, Québec, 1986, p. 117-118.